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Henri IV, Louis XIII et l’ADN des Bourbons : que sait-on vraiment ?

La généalogie officielle est claire : Louis XIII est le fils légitime d’Henri IV et de Marie de Médicis. Henri IV inaugure la branche Bourbon sur le trône de France en 1589, puis Louis XIII lui succède en 1610. La maison de Bourbon est une branche capétienne issue de Robert de Clermont, fils de Saint Louis. (Larousse - Maison de Bourbon)

La controverse ne vient donc pas d’abord de la généalogie historique. Elle vient d’un objet beaucoup plus incertain : une tête momifiée attribuée à Henri IV.

La tête attribuée à Henri IV est-elle authentique ?


En 2010, une équipe multidisciplinaire avait proposé d’identifier cette tête comme celle d’Henri IV en utilisant des arguments anthropologiques, anatomiques, historiques et médicaux. L’étude avait été publiée dans le BMJ.

Cette identification avait toutefois immédiatement suscité des critiques, notamment sur la provenance historique de la tête et l’absence d’une continuité documentaire parfaite entre la profanation des sépultures royales et la réapparition ultérieure du spécimen. Une réponse publiée dans le BMJ demandait explicitement si l’on pouvait réellement parler de « vraie tête d’Henri IV ».

Le contexte historique rend effectivement la question délicate. Les sépultures royales de Saint-Denis furent profanées pendant la Révolution française et les dépouilles furent déplacées et manipulées. Dans ces conditions, l’attribution ultérieure d’un reste isolé exige une authentification particulièrement solide.

Référence d'image : Henri IV a bien retrouvé sa tête - Objectif sciences

Le chromosome Y de la tête correspond-il à celui des Bourbons ?

Non.

C’est le problème génétique majeur.

Larmuseau et ses collaborateurs ont analysé le chromosome Y de trois hommes vivants appartenant à des branches généalogiquement documentées de la maison de Bourbon. Leurs résultats étaient compatibles entre eux et plaçaient la lignée Bourbon étudiée dans R-Z381, au sein de R1b-U106.

Or le chromosome Y précédemment obtenu sur la tête attribuée à Henri IV était différent.

L’étude conclut donc que les données des Bourbons vivants sont incompatibles avec l’identification génétique proposée pour la tête d’Henri IV.

La version intégrale de cette publication est également disponible sur PubMed Central.


Cela signifie-t-il que Louis XIII n’était pas le fils d’Henri IV ?

Non.

C’est précisément la conclusion qu’il faut éviter.

Si Henri IV et Louis XIII étaient biologiquement père et fils, leur chromosome Y devrait effectivement être presque identique :

Henri IV → Louis XIII → descendants masculins Bourbon

Donc, si l’on supposait que la tête analysée était réellement celle d’Henri IV, l’incompatibilité du chromosome Y deviendrait très intéressante. Elle pourrait théoriquement conduire à envisager une non-paternité entre Henri IV et Louis XIII, ou un autre événement de filiation biologique différent de la généalogie officielle.

Mais ce raisonnement dépend entièrement de la première hypothèse :

la tête doit réellement appartenir à Henri IV.

Or c’est précisément ce qui n’est pas démontré.

L’explication la plus prudente reste donc que la tête pourrait ne pas être celle d’Henri IV, plutôt que d’utiliser cet échantillon controversé pour remettre en cause la paternité historique de Louis XIII.

Et le sang attribué à Louis XVI ?

Le même problème apparaît avec un autre objet célèbre : une gourde qui aurait contenu du sang récupéré lors de l’exécution de Louis XVI.

Une analyse génomique approfondie a été publiée en 2014 sur cet échantillon.

Mais le chromosome Y attribué à ce sang ne correspond pas non plus à celui des Bourbons vivants étudiés par Larmuseau et ses collègues.

On se retrouve donc avec deux prétendues reliques royales - la tête attribuée à Henri IV et le sang attribué à Louis XVI - dont les données génétiques ne correspondent pas à la lignée Y Bourbon reconstruite à partir de descendants vivants.

Cela renforce une règle fondamentale en généalogie génétique :

avoir obtenu de l’ADN sur une relique historique ne signifie pas que l’ADN appartient réellement au personnage auquel la relique est attribuée.

Louis XVII : un cas génétique beaucoup plus convaincant

Le dossier de Louis XVII, fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, est différent.

Un cœur conservé et traditionnellement attribué à l’enfant mort au Temple a été étudié grâce à son ADN mitochondrial.

Les chercheurs ont comparé cette séquence à celles de membres de la famille appartenant à la lignée maternelle de Marie-Antoinette.

La séquence mitochondriale du cœur était compatible avec cette lignée maternelle. Cette étude constitue donc un argument génétique important en faveur de l’identification.

C’est un excellent exemple de l’utilisation de la généalogie génétique :

Marie-Antoinette → Louis XVII → ADN mitochondrial

L’étude ne signifie cependant pas que nous possédons le génome complet de Louis XVII ou que tout descendant supposé pourrait facilement comparer son ADN autosomal avec lui.

Les Bourbons avaient-ils des maladies génétiques ?

C’est une excellente question, mais il faut distinguer maladie historique supposée et maladie génétiquement démontrée.

Henri IV :

À ce jour, les études génétiques consacrées à la tête attribuée à Henri IV portent essentiellement sur l’identification du corps et la parenté, pas sur la découverte d’une maladie génétique héréditaire.

Il n’existe donc pas, dans ces publications, de mutation pathogène permettant d’affirmer qu’Henri IV souffrait d’une maladie génétique particulière.

Louis XIII et Louis XIV :

La situation est comparable.

De nombreuses maladies et problèmes de santé sont rapportés dans les biographies historiques des souverains, mais cela ne signifie pas qu’une cause génétique précise ait été démontrée.

Les analyses Y-DNA Bourbon publiées visent principalement à étudier la continuité de la lignée masculine, et non à rechercher les mutations responsables de maladies chez Louis XIII ou Louis XIV.

Existe-t-il des maladies génétiques réellement démontrées dans des familles royales ?

Oui.

Le meilleur exemple est celui des Romanov et de la descendance de la reine Victoria.

Le tsarévitch Alexis souffrait d’une maladie hémorragique bien connue historiquement. L’analyse génétique de la famille Romanov a permis d’identifier une mutation du gène F9, qui code le facteur IX de coagulation. Les chercheurs ont ainsi montré que la fameuse « maladie royale » était une hémophilie B.

C’est un cas beaucoup plus solide que les diagnostics rétrospectifs basés uniquement sur des portraits ou des descriptions médicales.

Ici, nous avons :

généalogie familiale → maladie connue → ADN historique → mutation identifiée → gène F9 → hémophilie B.

C’est exactement le type de preuve recherché en génétique historique.

Quelles maladies génétiques peut-on rechercher dans une généalogie ?

Au-delà des familles royales, de nombreuses maladies présentent un intérêt particulier pour les recherches généalogiques.

On peut notamment étudier :

- l’hémophilie A, associée à F8

- l’hémophilie B, associée à F9

- la maladie de Huntington, associée à HTT

- la mucoviscidose, associée à CFTR

- la dystrophie musculaire de Duchenne, associée à DMD

- la drépanocytose, associée à HBB

- les thalassémies, associées notamment à HBB, HBA1 et HBA2

- le syndrome de Marfan, associé principalement à FBN1

- la maladie de Wilson, associée à ATP7B

- l’hémochromatose héréditaire, notamment associée à HFE

- l’amyotrophie spinale, associée à SMN1

- la neurofibromatose, notamment associée à NF1 ou NF2

- le syndrome de Lynch, associé à plusieurs gènes de réparation de l’ADN

- et certaines prédispositions héréditaires aux cancers liées à BRCA1 et BRCA2.

Mais une règle doit rester constante :

retrouver plusieurs cas similaires dans un arbre généalogique ne suffit pas à prouver une maladie génétique.

L’arbre généalogique fournit une hypothèse. Le test moléculaire fournit, lorsqu’il est possible, la preuve.

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Les Bourbon-Busset pourraient-ils aider à vérifier l’ADN des Bourbons ?

C’est une piste particulièrement intéressante.

Larousse rappelle que la branche Bourbon-Busset, issue d’une ancienne branche Bourbon et traditionnellement considérée comme non dynaste, s’est perpétuée jusqu’à l’époque moderne.

Un test Y-DNA moderne, indépendant et à haute résolution d’un membre Bourbon-Busset dont la filiation paternelle serait soigneusement documentée pourrait donc constituer une comparaison intéressante avec la lignée Bourbon R-Z381 publiée.

Si les profils convergeaient sur une branche Y beaucoup plus précise, cela pourrait renforcer l’hypothèse d’une continuité masculine ancienne.

Mais il faut présenter cela comme une piste de recherche, pas comme un résultat déjà démontré.

Réference d'image : Henri IV, 56 ans, tel qu’il était à sa mort le 14 mai 1610. Photo Philippe Froesch/Visualforensic

Peut-on comparer votre propre ADN aux Bourbons ?

Oui, mais uniquement pour certaines hypothèses généalogiques.

Si vous êtes un homme et que votre arbre généalogique suppose une ligne directe :

vous → votre père → votre grand-père paternel → etc. → une branche Bourbon,

le chromosome Y constitue le test le plus pertinent.

Mais être simplement R-Z381 ne prouverait absolument pas une ascendance Bourbon.

Il faudrait une correspondance beaucoup plus précise entre les SNP récents, les marqueurs Y-STR et surtout une généalogie documentaire capable de relier les générations.

Pour une lignée strictement maternelle, on utiliserait plutôt l’ADN mitochondrial.

Et pour une parenté passant par n’importe quelle branche, l’ADN autosomal peut être utilisé, mais son efficacité diminue fortement lorsque l’on cherche une relation datant de plusieurs siècles.

En résumé

La génétique ne démontre actuellement ni que Louis XIII était illégitime, ni qu’Henri IV souffrait d’une maladie génétique particulière.

Elle montre surtout que le chromosome Y de la tête attribuée à Henri IV est incompatible avec celui obtenu chez plusieurs descendants masculins documentés de la maison de Bourbon.

La conclusion la plus prudente est donc de remettre en cause l’authenticité de la tête, et non la filiation entre Henri IV et Louis XIII.

En revanche, la génétique historique peut réellement identifier certaines maladies lorsqu’un matériel biologique suffisamment fiable existe : l’hémophilie B des Romanov, liée à une mutation du gène F9, en constitue l’un des exemples les plus convaincants.

C’est toute la force de la généalogie génétique moderne :

les archives reconstruisent la famille, l’ADN teste la parenté et la génétique médicale peut parfois identifier la maladie.

Références

1- Larousse - Maison de Bourbon. Origines, branches et histoire dynastique de la maison de Bourbon.

2- Charlier P. et al. Multidisciplinary medical identification of a French king's head (Henri IV). BMJ, 2010;341.

3- Larmuseau MHD et al. Genetic genealogy reveals true Y haplogroup of House of Bourbon contradicting recent identification of the presumed remains of two French Kings. Nature, 2013.

4- Larmuseau MHD et al. - PubMed Central, texte intégral de l’étude sur la généalogie génétique des Bourbons.

5- Olalde I. et al. Genomic analysis of the blood attributed to Louis XVI (1754–1793), king of France. Nature, 2014.

6- Jehaes E. et al. Mitochondrial DNA analysis of the putative heart of Louis XVII, son of Louis XVI and Marie-Antoinette. Nature, 2001.

7- Rogaev EI et al. Genotype analysis identifies the cause of the “royal disease”. Science, 2009. Identification de la mutation F9 responsable de l’hémophilie B dans la famille Romanov. Medecinescience, 2010.